L’hiver

Dans les bois assombris, du cœur jusqu’à l’orée,
Tous les arbres ont perdu leur frondaison dorée ;
Dans leurs feuilles le vent a pris en tournoyant
Les derniers reflets de l’automne flamboyant.
Pour l’adieu aux beaux jours cette saison se pare
De toutes les couleurs ainsi qu’une fanfare,
Mais au seuil de l’hiver, les ambres et les ors,
Hélas, ont disparu avec le chant des cors.

Et en nous-mêmes aussi quelque chose se fane.
Des cieux tombe une vague lumière diaphane ;
Le soleil, en rasant les toits noirs des maisons,
Plonge son halo blanc bien vite à l’horizon.
Ses obliques rayons étirent au loin leurs ombres ;
Le soir descend déjà et, de son manteau sombre,
La nuit brune enveloppe en plein après-midi
Le village et les bois que le froid engourdit.
On n’entend plus au loin dans les vertes prairies
Ces chants d’oiseaux, ces cris et ces enfants qui rient;
Tout est morne et muet sur terre et dans les cieux,
La nature est déserte et le bois silencieux.

Après le temps des chants, des rires et des danses,
De la vie qui jaillit avec exubérance,
Après les floraisons et les moissons d’été,
Est venue la saison de l’intériorité.
Un grand calme descend lorsque les nuits s’allongent,
On se retire en soi et, paisible, l’on songe.
Plus d’oiseaux sillonnant les nuées de leur vol ;
Les petits animaux se terrent dans le sol
Et auprès du foyer l’homme se réfugie.
Dans chaque créature descend l’énergie ;
La marée, qui fut haute à l’été révolu,
S’abaisse et se retire en un vaste reflux
Entraînant avec lui, tel le jusant d’une onde,
Toutes les forces vers cette source profonde,
Ce point obscur en nous, mystérieux et saint,
Abrité par chacun quelque part en son sein.
La vie se poursuit là, cachée dans les racines,
Dans cette terre tiède et sombre mais divine
Où est enfoui le grain qui demeure vivant,
A l’abri de la neige et du givre et du vent.
Oui, tout vient de ce point, cet ombilic, ce centre,
Là où la mère porte l’enfant en son ventre,
Petit être à venir, fragile nourrisson,
Graine annonçant déjà la future moisson.

Malgré cette saison dépouillée et austère,
Dans la glace et le gel qui endurcit la terre,
Changeant les flaques d’eau en scintillants miroirs,
Le soleil en exil dans des cieux gris ou noirs,
Malgré le froid qui mord et la bise qui pince
Traversant le tissu du paletot trop mince,
Les bourrasques de vent qui viennent vous cingler,
Le givre à la fenêtre et les carreaux gelés,
Dans le recueillement et le profond silence,
On perçoit vaguement quelque chose d’immense.
Comme tombe la neige aux cristaux éthérés
Couvrant d’un blanc manteau le sol sombre et givré,
Une grâce subtile et céleste dépose
Dans nos cœurs une paix indicible et grandiose.
Lorsque l’esprit puissant travaille la matière,
A l’heure de l’espoir, au temps de la prière,
Des semences jetées dans les profonds labours,
Il s’épand sur le monde un prodigieux amour.
Une extrême bonté descend et se déploie
Déposant dans nos cœurs une profonde joie.
Comme dans la demeure s’élève au foyer
Un feu pur et ardent que l’on voit ondoyer,
En nous-mêmes grandit une confuse flamme
Dansant allègrement quelque part en notre âme,
En écho à ce don cosmique et éternel
Que nous offrent les cieux en ce temps de Noël.

Arnaud Jonquet décembre 2018

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