Les chevaux de bois

Lorsque j’étais enfant, époque bien lointaine,
Dans un Paris vieillot mais plaisant toutefois,
On voyait dans les squares et les fêtes foraines
Des bambins se réjouir sur les chevaux de bois.

Tout fiers, les yeux brillants, accrochés à leurs rênes,
Juchés là-haut sur la monture de leur choix,
Ils crient quand le manège en cercle les entraîne
Et mêle sa musique à leurs éclats de voix.

Le clinquant carrousel un moment les emmène
En un monde enchanté qui vivement tournoie.
Le gamin, enivré par la ronde aérienne,
Éprouve pour un temps le plaisir et la joie.

C’est un rêve éveillé qui maintenant le mène :
Il est un chevalier combattant au tournoi,
Car l’imagination, chez l’enfant souveraine,
Sur la réalité prend très vite le pas.

Mais arrive l’instant où le manège freine
Puis s’arrête et l’enfant, en proie au désarroi,
Abandonne ses rêves avec beaucoup de peine ;
Adieu le chevalier, le cow-boy ou le roi…

On dirait l’image de ce que sont nos vies
Où l’on est grisé par un monde d’illusion ;
Recherchant les plaisirs, contentant ses envies,
On se laisse étourdir par ce grand tourbillon.

Puis après quelques tours emportés dans nos rêves,
Attentifs seulement au petit quotidien,
Nous sommes étonnés quand la ronde s’achève,
Et pris au dépourvu lorsque la fin survient.

Heureux celui qui peut, par delà l’apparence,
Comprendre de la vie les multiples degrés :
Ici, les jours changeants d’un monde d’alternance
Et les jours éternels dans les cieux éthérés.

Octobre 2021

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