
Un homme avait deux fils. Le plus jeune des frères,
Un jour formule cette demande à son père :
« S’il te plaît, donne-moi la part qui me revient »
Sans discuter, le père partage ses biens
Et quelques jours après, rassemblant ses affaires,
Le cadet s’en va pour une terre étrangère
Avec la part d’héritage qui lui revient.
Rapidement il dilapide tout son bien
Dont il ne lui reste même plus de quoi vivre
Alors qu’avec l’hiver, le vent froid et le givre,
Une grande famine alentour se répand.
Au bout de quelques jours, la faim le contraignant,
Il se met à chercher à travers la campagne
Un quelconque emploi de façon à ce qu’il gagne
Quelque argent. Puis, embauché par un paysan,
Il accepte un travail ingrat et déplaisant
En passant tout le jour dans une porcherie
Veillant à ce que les bêtes soient bien nourries
Alors que lui-même, taraudé par la faim,
N’a guère pour dîner qu’un vieux croûton de pain !
Voyant les porcs manger en abondance il rêve
De pouvoir tout comme eux se rassasier de fèves,
Mais, à part quelques sous, on ne lui donne rien.
Méditant sur sa vie, amer, il se souvient
De la vie qu’il menait autrefois chez son père
Il songe puis, saisi par un remords sincère,
Se met en marche vers le paternel foyer.
Alors qu’il en était encor fort éloigné,
Son père apercevant tout à coup sa silhouette
Court vers lui et, saisi de compassion, se jette
Au cou de son fils et le couvre de baisers.
Celui-ci, loqueteux, amaigri, épuisé
Par sa longue marche et recouvert de poussière,
Avec humilité lui dit alors : « Mon Père,
J’ai péché contre toi ainsi qu’envers le Ciel
Je ne mérite plus ton amour paternel,
Certes, mais au contraire ta juste colère !
Je ne suis plus ton fils mais plutôt considère
Moi comme le dernier de tous tes ouvriers. »
Sans l’écouter, le père ordonne aux employés :
« Lavez-le et passez-lui des habits de soie,
Une bague à son doigt, dit-il tout à sa joie,
Que l’on tue le veau gras ; mangeons et festoyons !
Fêtons le retour de mon fils en perdition !
Il était mort puis est revenu à la vie !
Réjouissez-vous ! A ma table je vous convie,
Faisons tous bonne chère et mangez et buvez ;
Il était perdu et le voilà retrouvé ! »
Plus tard quand la journée s’approche de son terme,
Et que le fils aîné s’en revient à la ferme
Après son dur travail tout le jour dans les champs,
En entendant de loin la musique et les chants,
Il interpelle et interroge une servante
Concernant la raison de cette joie ambiante.
S’étant mis en colère en sachant la raison
Il refuse dès lors d’entrer dans la maison.
Son père sort et le supplie mais l’aîné déclare
« Depuis tant d’années je travaille sans histoire
A ton service et jamais tu ne m’as donné
Même un chevreau pour que je puisse festoyer
Avec mes amis. Mais lorsque mon jeune frère
Dépense ton argent à faire bonne chère
Avec des femmes dépravées, pour cet ingrat,
Tu ouvres un banquet et fais tuer le veau gras ?! »
« Mon enfant, ne comprends-tu pas ?» lui dit le père
« Écoute-moi et ne te mets pas en colère.
Ô toi, mon cher fils, tu es toujours avec moi
Et tout ce qui est à moi est aussi à toi.
Lorsque ton frère partit ce fut un supplice,
Mais il est revenu ! Il faut qu’on se réjouisse !
Car ton frère était mort et le voilà sauvé ;
Car il était perdu et il est retrouvé ! »
Ô quelle profondeur dans cette parabole !
Quelles révélations cachées dans ces paroles,
Quels Amour et Sagesse au sein de ce récit !
En peu de mots un simple conte où tout est dit !
C’est l’histoire des âmes à travers tous les âges,
Ames vierges lancées dans l’immense voyage,
Étincelles issues du sein même de Dieu,
Parties pour accomplir un dessein prodigieux :
De purs esprits quittant les mondes de lumière,
Descendent par degrés au sein de la matière
A travers d’innombrables réincarnations,
Éveillant leur conscience en cette involution.
Nos âmes dont la mémoire semble effacée
N’en sont qu’à la moitié de leur vaste odyssée !
Il faut prendre aujourd’hui le chemin de retour,
Trouver la voie qui monte aux célestes séjours,
Élargir toujours plus notre faible conscience,
Monter de plan en plan en un parcours immense
Et connaître la vie des êtres lumineux
Qui nous ont précédés sur ce chemin glorieux !
Par cette évolution, qui maintenant commence,
Notre vague de vie vers les hauteurs s’élance
Pour un jour atteindre les espaces éthérés.
Mais nos âmes, au nadir de matérialité,
Courent ce grand risque d’en rester prisonnières ;
Sauront-elles trouver l’énergie nécessaire
Pour pouvoir échapper à l’insidieux péril
Et prendre leur essor vers les mondes subtils ?
Seront-nous capables comme ce fils prodigue,
Écrasé de remords, de peine et de fatigue,
D’un indispensable et salutaire sursaut
Qui ouvre à nos âmes une issue vers le haut ?
Certains mots cependant nous donnent l’espérance
Que notre destin soit mué en providence.
Ainsi ce passage merveilleux nous instruit :
« Du plus loin qu’il le voit, son père court vers lui… »
Dès notre contrition, une grâce divine
Descend nous soutenir alors que l’on chemine
Pas à pas au sentier de la vaste ascension
Qui nous amènera jusqu’à la perfection !
Oui, le plus grand tourment des hommes sur la terre
N’est-il pas d’ignorer ce qu’ils viennent y faire ?
D’où viennent-t-ils et où vont-ils ? Est la question
Depuis toujours restée une interrogation,
Une totale énigme et un profond mystère.
Par cette parabole, Jésus nous éclaire
En apportant aux hommes un indice précieux ;
A cette question la seule réponse est : Dieu !
Février 2026
Bravo comme d’habitude par ces vers tu nous as fait voyager et rappelé le chemin…
Merci Arnaud