La muse infidèle

muse

En vain je l’ai cherchée, sur terre et dans les cieux
Et dans les bois charmants où ses pas si gracieux
A l’ombre des ramées certains jours nous emmènent.
Elle n’était pas au lac, ni au bord des fontaines

Où nous nous attardons bien souvent pour rêver.
Partout je l’ai cherchée sans pouvoir la trouver ;
Ce soir encore il faut me rendre à l’évidence :
Ma muse préférée brille par son absence.

Rejoint-elle en secret quelque bel andalou ?
Mais cela ne vaut rien de jouer les jaloux !
Faisons bon cœur malgré la mauvaise fortune…
– Non, non, j’ai vérifié : Elle n’est pas dans la lune.

Et puisqu’elle n’est pas là, pourrais-je, au fond, ce soir
Vous parler un peu d’Elle, à mi-voix, dans le noir ?
Et vous dire comment cette adorable muse,
Fait de la poésie, comme un enfant s’amuse,

Composant un quatrain parfois d’un seul élan,
Incroyable pour moi qui suis tellement lent ;
Quand on voit les efforts que me coûte une rime…
Alors qu’Elle, bien sûr, vaporeuse et sublime,

Voguant dans les nuées au grand vent de l’esprit,
Va et vient, éthérée; en passant me sourit,
Vif-argent, feu follet qui semble avoir des ailes
Et enchaînant des vers comme de la dentelle.

Tant que l’Inspiration n’a pas pris son essor,
Je ne donne pas cher de nos pauvres efforts :
Pour quelques notes justes jouées sur la Lyre
On peine et on patauge, on trime et on transpire…

Dans le noir l’on dirait que l’on marche à tâtons
Incertains, trébuchants, quand soudain un rayon
De lumière pénètre et, d’un coup, illumine
Ce qui semblait avant obscur comme une mine.

L’Idée jaillit alors comme un éclair qui luit
Inondant de clarté la plus sombre des nuits
Et, pour un temps au moins, de l’ombre vous libère ;
Qu’est-ce que l’Inspiration, sinon une lumière ?

Moi qui croyais, Ô Muse, que tu me délaissais,
Je te sens revenue, je dois le confesser,
Et puisque justement je recherchais un thème
C’est toi qui le fournis et m’inspire quand même !

Poète, si, parfois, Elle tarde à venir,
Ne laisse pas en toi le courage fléchir,
Ne crois pas pour autant que ta muse est volage,
Tranquillement commence à te mettre à l’ouvrage ;

Sois sûr qu’elle viendra quand tu seras en train
Même avant que finisse le premier quatrain ;
Non, bien sûr, ta muse n’est jamais infidèle,
Mais aime être priée, comme toutes les belles !

Arnaud Jonquet  avril 2006