David et Goliath

 

David et Goliath

Tel un souffle de vent, la force de l’esprit
Peut d’un coup infléchir tout le cours de l’histoire ;
L’audace peut changer ce qui semblait écrit
Comme dans ces récits que l’on garde en mémoire.
Tout ceci se passait en un temps fort lointain ;
Près de Jérusalem, sur les rives du fleuve,
Quand Saül était roi, l’ennemi Philistin
Mettait jour après jour les Hébreux à l’épreuve :
De leurs troupes massées un homme s’avançait,
Colosse dont la taille atteignait six coudées,
Goliath, leur champion dont la simple vue glaçait
D’effroi et de terreur les soldats de Judée.
Lointain descendant des archaïques géants,
Comme un spectre sortant de la géhenne obscure,
Portant lance et épée, ce puissant combattant
Accablait les hébreux de défis et d’injures.
Mais aucun homme au sein de ce peuple outragé,
N’osait pourtant répondre au guerrier redoutable.
Or, il se trouvait là un très jeune berger
Venu auprès des siens, bien loin de son étable,
Car ses trois frères aînés étaient soldats au front.
David, – c’était son nom -, ayant une foi vive,
Fut révolté d’entendre autant d’odieux affronts
Criés par cette voix qui venait de la rive.
Ce jeune homme au teint clair était le benjamin
Des sept fils de Jessé. Bel éphèbe au visage
Pur et doux comme un ange ; encor presque un gamin
Vivant dans l’innocence des verts pâturages.
Mais dans cette atmosphère de terreur et le bruit,
Au cœur de cet enfant la fièvre soudain monte,
Une sainte colère s’empare de lui,
Indigné que son peuple se couvre de honte.
Et pour laver l’honneur du grand Dieu d’Israël,
Exalté par le souffle de l’Esprit, le pâtre,
Voulant du Philistin relever le duel,
Put convaincre Saül de le laisser combattre.
Mais délaissant les armes que lui donnait le roi,
Le berger prit dans l’eau quelques pierres bien rondes
Et, résolu, marcha vers Goliath sans effroi,
Avec pour toute arme son bâton et sa fronde.
Alors qu’il s’approchait du terrible géant,
Goliath, en le voyant, fut secoué de rires,
« Je vais, s’exclama-t-il, te réduire à néant ! »
Et par ses dieux païens se mit à le maudire.
Mais David hardiment lança d’un ton vengeur :
«Tu te présentes armé d’un glaive et d’une lance ;
Je viens à toi armé par le nom du Seigneur !
C’est Lui qui, par mon bras, punira tes offenses ! »
Comme ces mots de feu résonnaient sur les monts,
Le colosse soudain que la colère gagne,
Vers le berger s’élance, hurlant comme un démon.
Et l’on aurait cru voir courir une montagne,
Un volcan vomissant de son sommet massif
Des éclairs fulgurants dont le tonnerre gronde !
Déjà l’adolescent, dont les gestes étaient vifs,
Par quelques moulinets avait armé sa fronde.
Goliath était sur lui lorsque, d’un geste prompt,
Son bras se tend soudain, lançant d’une main sûre,
Un solide caillou qui le frappe en plein front,
Stoppant net le guerrier ainsi que ses injures.
De la foule assemblée tous les cris se sont tus ;
Le Philistin chancelle ; un long instant s’écoule,
Il fait un pas puis, comme un chêne abattu,
Sur le sol, lourdement, face à terre, s’écroule.
A travers la poussière David, en un bond,
S’empare vivement du formidable glaive,
Et, image du juste tuant le dragon,
Il lui tranche la gorge et, d’un seul coup, l’achève.
Des deux berges monta une double clameur :
Les cris des Juifs croyant ce prodige impossible,
Et ceux des Philistins qui, frappés de stupeur,
Fixaient le géant mort qu’ils croyaient invincible.
Quand tous virent l’issue du jugement de Dieu,
Espoir et désespoir changèrent alors de rive,
Et, galvanisé par ce jeune homme audacieux,
Chaque Hébreux retrouva sa force combative.
La poursuite effrénée, le combat qui suivit
Pour Israël fut la victoire légendaire
Qui pour longtemps chassa et presque anéantit
L’ennemi philistin, rival héréditaire.
L’exemple du courage en ces temps ancestraux
Reste éloquent pour nous : la bravoure, l’audace,
La foi, la pureté dont sont faits les héros
Du monde en un instant peuvent changer la face.

Arnaud Jonquet  juin 2006